Matford Alsace V8 - Automania 2019, Edling les Anzeling, Hara du Moulin

Matford Alsace V8 - Automania 2019, Edling les Anzeling, Hara du Moulin

La Matford Alsace V8 (1935-1939)

Origine : une alliance franco-américaine. Matford est née en 1934 d'un accord entre Ford SAF (Ford France, dirigée par Maurice Dollfus) et le constructeur alsacien Mathis, qui possédait une grande usine à Strasbourg mais était en difficulté financière. Ford détenait 60 % du capital, Mathis 40 %, et le nom « Matford » contracte les deux marques. L'objectif de Ford : produire en France des modèles adaptés à la clientèle hexagonale et échapper aux droits de douane protectionnistes. 

Naissance de l'Alsace V8. Après la rééquipement de l'usine strasbourgeoise de la Meinau, le premier modèle propre à Matford est commercialisé en septembre 1935 : l'Alsace V8, qui reprend le châssis, le moteur et (partiellement) la carrosserie de la Ford V8-48 américaine, avec un V8 de 3,6 litres de 90 ch. Problème : ses 21 CV fiscaux lourdement taxés en France la rendent difficile à vendre. 

La V8-62, le modèle qui sauve la gamme. Dès le Salon de Paris d'octobre 1935, Matford réagit avec l'Alsace V8-62 : empattement réduit de 10 cm et un petit V8 de 2,2 litres (60 ch) conçu par les ingénieurs de Ford Britain, tombant à 13 CV fiscaux. La 21 CV est alors rebaptisée V8-66. Fin 1935, la production Mathis est arrêtée au profit exclusif des Matford, au grand désespoir d'Émile Mathis, qui entre en conflit judiciaire avec Ford. 

Évolutions année par année :

  • 1936 : le logo « MatFord » devient « Matford » ; nouvelle face avant en V inspirée de la Lincoln Zephyr
  • 1937 : phares encastrés dans les ailes ; la 13 CV devient V8-72, la 21 CV devient V8-76 ; record de production avec 13 849 véhicules (voitures et camions)
  • 1938 : retouches importantes : pare-brise coupe-vent en deux parties, vilebrequin renforcé sur la 13 CV (V8-F82A) ; la 21 CV reçoit enfin une caisse profilée sans marchepied (V8-F81A) ; apparition d'un break à flancs en bouleau vernis
  • 1939 : dernière année, modèles renommés F92A (13 CV) et F91A (21 CV), avec jupes arrière sur la 21 CV 

Technique et positionnement. Séduisantes, confortables, silencieuses et robustes, ces voitures restaient pourtant mécaniquement classiques : essieux rigides avant et arrière, freins mécaniques, moteur à soupapes latérales, là où la Citroën Traction Avant offrait roues avant indépendantes, freins hydrauliques et soupapes en tête. Les carrosseries étaient sous-traitées chez Chausson. 

La fin. En 1939, la guerre éclate : l'usine de Strasbourg, trop proche du front, est évacuée et la construction de la nouvelle usine de Poissy est interrompue. Matford SA est dissoute en 1940-1941, absorbée par Ford SAF. Le petit V8 de 2,2 litres survit pourtant : réalésé à 2,4 litres, on le retrouvera jusqu'à la Simca Vedette des années 1950.