
Voici l’histoire de Decauville dans le domaine automobile :
Origines et début de la production automobile
La société Decauville, fondée en 1875 par Paul Decauville, était à l’origine spécialisée dans la fabrication de matériel ferroviaire, notamment des voies étroites démontables. En 1897, elle se lance dans l’automobile en créant une filiale dédiée : la Société des Voitures Automobiles Decauville. Le premier modèle, la Voiturelle, est conçu par les ingénieurs Joseph Guédon et Gustave Cornilleau, dont le design est racheté pour 250 000 francs. Ce véhicule léger, à trois places et dirigé par un volant à barres, était équipé de deux moteurs monocylindres refroidis par air, produits par De Dion-Bouton, partageant un carter commun. La Voiturelle était innovante pour son époque, avec une suspension avant indépendante, mais sans suspension arrière
Succès en compétition et expansion
Dès 1898, Decauville remporte la catégorie voiturette du Paris–Amsterdam–Paris Trail, puis réalise un triplé dans la même catégorie lors du Tour de France Automobile 1899. Les modèles Decauville se distinguent également dans d’autres courses, comme le Bordeaux-Biarritz et le Paris-Rouen-Paris en 1900, ainsi que le Thousand Miles Trial en Angleterre, où la marque remporte le prix du Daily Mail. Ces succès contribuent à la notoriété de Decauville et à la vente de ses véhicules, avec 107 voitures produites dès 1898 et 350 en 1904. La Voiturelle est même produite sous licence en Allemagne (sous le nom Wartburg), en Angleterre et en Italie.
Évolution des modèles
En 1900, Decauville introduit des modèles plus puissants, comme une version 5 chevaux refroidie par eau, suivie d’un 8 chevaux avec un radiateur en forme de fer à cheval et un capot en forme de balle. En 1901, un modèle à quatre cylindres de 3 litres (composé de deux moteurs jumeaux de 8 chevaux montés en tandem) est proposé. En 1902, la Voiturelle est abandonnée au profit d’un modèle 10 chevaux avec un moteur bicylindre à soupapes latérales, dont l’unité moteur, boîte de vitesses et embrayage sont coulées en un seul bloc. Ce modèle a inspiré Henry Royce pour la conception de la première Rolls-Royce.
À partir de 1905, Decauville produit des modèles plus grands avec des moteurs quatre cylindres, offrant des cylindrées allant de 2,7 à 9,2 litres. La gamme s’étend également aux camions et bus. En 1906, cinq modèles distincts sont proposés, tous à quatre cylindres, avec des puissances allant de 12/16 à 45 chevaux.
Déclin et fin de la production automobile
Malgré ces innovations, la demande pour les voitures Decauville diminue. En 1907, les modèles 12/16 et 16/20 sont abandonnés. Les ventes continuent de chuter, et en 1911, Decauville ferme définitivement son usine automobile pour se recentrer sur ses activités ferroviaires et industrielles. La société mère, quant à elle, poursuit la production de locomotives et d’autres équipements jusqu’aux années 1970.
Héritage
Quelques modèles Decauville ont survécu et sont aujourd’hui exposés dans des musées, comme au Musée Automobile de Vendée (Talmont-Saint-Hilaire, France) ou au Musée Henri Malartre (Rochetaillée-sur-Saône, France). Une Decauville 10 HP Tonneau, appartenant au National Motor Museum de Beaulieu (Royaume-Uni), a régulièrement participé au London to Brighton Veteran Car Run.
