Matford
Matford : l'histoire d'une marque française éphémère
Matford (contraction de Mathis + Ford) était un constructeur automobile français, fondé en 1934 et disparu en 1940-1941.
🤝 La naissance : un accord entre Ford et Mathis (1934)
Au début des années 1930, deux logiques se rencontrent :
- Ford SAF (la filiale française de Ford), dirigée par Maurice Dollfus, assemblait des modèles américains et britanniques à Asnières-sur-Seine. Elle souhaitait produire en France des voitures adaptées à la clientèle locale et échapper aux droits de douane du protectionnisme français.
- Émile Mathis, constructeur alsacien (4e constructeur français à l'époque), venait d'agrandir son usine de la Meinau à Strasbourg, mais sa situation financière ne lui permettait plus de renouveler ses modèles.
L'accord est signé le 27 septembre 1934 et annoncé au Salon de Paris en octobre. Matford SA est fondée le 1er novembre 1934, détenue à 60 % par Ford et 40 % par Mathis. Matford loue les usines d'Asnières et de Strasbourg, et profite du réseau de 200 concessionnaires Mathis pour écouler aussi Lincoln, Mercury et les tracteurs Fordson.
🚗 Les modèles : l'ère de l'Alsace V8 (1935-1939)
- 1935 : Ford rééquipe massivement l'usine de Strasbourg. La première Matford, l'Alsace V8, sort en septembre : châssis, moteur V8 3,6 l de 90 ch (21 CV fiscaux) et carrosserie dérivée de la Ford V8-48 américaine. Son gros handicap : une puissance fiscale lourdement taxée en France.
- Octobre 1935 : remède rapide avec l'Alsace V8-62 (13 CV), V8 réduit à 2,2 litres et empattement raccourci. La production Mathis est arrêtée fin 195, au grand désespoir d'Émile Mathis.
- 1936 : le logo « MatFord » devient « Matford » (le F majuscule passe en minuscule).
- 1937-1939 : évolutions esthétiques (phares encastrés, calandre en V inspirée de la Lincoln Zephyr), versions cabriolet et même un break à panneaux en bouleau vernis. Les caisses acières sont sous-traitées chez Chausson. En 1937, la production atteint 13 849 véhicules (autos et camions). Techniquement, les Matford restent classiques (essieux rigides, freins mécaniques, soupapes latérales), là où la Citroën Traction Avant fait figure de moderne. Elles sont néanmoins réputées pour leur confort, leur silence et leur robustesse.
⚔️ Camions et guerre (1939-1941)
Après la mobilisation, Matford lance le camion à cabine avancée F 917 WS, commandé à plus de 10 000 exemplaires par l'Armée française, mais seuls environ 1 100 seront livrés avant la défaite de juin 1940. Sous l'Occupation, la production de Poissy est relancée au profit de la Wehrmacht sous l'égide de Ford Cologne.
🏁 La dissolution (1940-1941)
Les relations Ford-Mathis s'étaient dégradées dès 1935 : Ford impose l'arrêt de la gamme Mathis, puis Mathis cède ses parts après un procès (tranché en sa faveur avec dommages et intérêts). L'usine de Strasbourg est évacuée en 1939, la nouvelle usine de Poissy (chantier débuté en novembre 1938) est achevée pendant la guerre.
- Matford SA est dissoute en 1940 et cesse officiellement d'exister le 30 juin 1941, Ford France reprenant le nom Ford SAF.
- Émile Mathis, craignant la persécution, s'exile aux États-Unis pendant la guerre. 📌 Épilogue
Après guerre, Poissy produit les Ford 13 et 21 CV, puis la Ford Vedette (1948), première Ford « française » d'esthétique originale. La marque Matford, elle, reste une belle page d'histoire de l'automobile française, marquée par un conflit d'intérêts entre un industriel américain en expansion et un constructeur local en difficulté, absorbé en quelques années.
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1935-1939 |
