Tout commence avec la famille de Dietrich, dont l'empire métallurgique remonte à 1684 avec des forges à Niederbronn-les-Bains (Alsace du Nord). Spécialisée dans le matériel ferroviaire, l'entreprise fait face à l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne en 1871. Pour conserver l'accès au marché français, Eugène de Dietrich fait construire en 1879 une usine à Lunéville, en Lorraine restée française .
Le tournant automobile (1896-1905)
L'aventure automobile débute en 1896-1897, lorsque Adrien de Turckheim, neveu d'Eugène, obtient les licences d'Amédée Bollée (dont le quadricycle rejoignit Nice par ses propres moyens pour convaincre Eugène !). Les usines produisent ensuite des Vivinus sous licence, puis des Turcat-Méry .
Côté alsacien, Eugène de Dietrich engage en 1902 un jeune ingénieur de 20 ans repéré au salon de Milan : Ettore Bugatti, qui conçoit les fameuses De Dietrich-Bugatti Type 3, 4 et 5, des 4-cylindres de 5,3 à 12,9 litres atteignant jusqu'à 120 km/h
La naissance de la marque Lorraine-Dietrich
En 1905, la famille de Dietrich se retire des affaires. La société de Lunéville devient la « Société lorraine des anciens établissements de Dietrich et de Lunéville », marque connue sous le nom de Lorraine-Dietrich, avec siège à Paris et pour emblème la croix de Lorraine dorée sur fond bleu . Une seconde usine est ouverte à Argenteuil pour les voitures de tourisme, Lunéville gardant la compétition et le ferroviaire.
Le sommet sportif : les 24 Heures du Mans
C'est la grande épopée de la marque :
1923 : présente à la toute première édition du Mans avec la B3-6 (moteur 6 cylindres conçu par Marius Barbarou)
1924 : 2e et 3e places
1925 : victoire (Gérard de Courcelles / André Rossignol), plus une 3e place
1926 : nouvelle victoire avec André Rossignol et Robert Bloch — premier triplé de l'histoire du Mans et premier constructeur à gagner deux années consécutives
À noter aussi la victoire d'Arthur Duray au Circuit des Ardennes en 1906, et les premières voitures à dépasser les 100 km/h de moyenne au Mans.
L'aviation, la guerre et le déclin
Pendant la Première Guerre mondiale, l'usine d'Argenteuil se reconvertit dans les moteurs d'avion — une activité qui prendra le dessus sur l'automobile. Après-guerre, la production de voitures reprend (15 CV puis 20 CV), mais devient déficitaire : la dernière voiture sort en 1935. En difficulté, l'usine Lorraine est nationalisée en 1937 (SNCM), puis reprise par Gnome et Rhône en 1941. L'usine d'Argenteuil, convertie à l'aéronautique, deviendra plus tard un site Dassault Aviation, qui le possède toujours
En résumé : pionnier industriel devenu constructeur par licences (Bollée, Vivinus, Turcat-Méry, Bugatti), Lorraine-Dietrich fut l'un des grands noms français de l'entre-deux-guerres — double vainqueur du Mans — avant que l'automobile ne cède la place à l'aéronautique